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Épilepsies de l’enfant : que pouvons-nous attendre dans les 5 années à venir…

16/12/2016

Stéphane Auvin , neuropédiatre spécialiste des épilepsies de l’enfant vous donne un éclairage sur les perspectives dans ce domaine.

La recherche dans le domaine des épilepsies reste très active ce qui a permis des progrès constants des connaissances. Pourtant, il reste encore trop de choses que nous ne savons pas ou que nous ne comprenons pas : Pourquoi l’épilepsie apparaît ? Quels sont les mécanismes qui contribuent à la répétition des crises ou à la résistance aux traitements ? Pourquoi existe-il des symptômes associés aux crises (difficultés d’apprentissage scolaire, anxiété, dépression…)?

Les domaines de la recherche couvrent différents champs de compétences et de techniques. Il existe ainsi des travaux qui s’effectuent dans des laboratoires de recherche expérimentale sur du tissu cérébral in vitro ou sur des modèles animaux (souris ou rats avec épilepsie et plus récemment petits poissons). Des travaux sont aussi réalisés dans le cadre de la recherche clinique (recherche avec implication de patients), par exemple la recherche génétique dans une forme particulière d’épilepsie ou l’essai de nouveaux traitements. Bien entendu, les travaux de recherche clinique sont réalisés dans un cadre bien défini : autorisation de faire la recherche, comité d’éthique et bien évidemment consentement du patient. Ces dernières années, il y a de plus en plus d’innovations techniques qui, espérons-le, changeront également la vie des patients.

Au cours des deux à trois années qui viennent, nous pouvons nous attendre à une importante modification de nos connaissances en ce qui concerne les épilepsies d’origine génétique. Il ne s’agit pas uniquement d’épilepsies héréditaires, mais aussi de formes d’épilepsies avec une atteinte génétique liée à un « accident de la génétique » (présence d’une mutation non héritée des parents : mutation de novo). L’accessibilité et la baisse du coût des analyses génétiques vont sûrement permettre d’accumuler un grand nombre de données sur la génétique des épilepsies. Certaines d’entre elles vont peut-être modifier nos connaissances. Les anomalies du gène KCNQ2 en sont une illustration récente. Pendant de nombreuses années, nous avons associé les anomalies de ce gène à une épilepsie relativement bénigne : les convulsions néonatales familiales bénignes.

Il est maintenant clair qu’une anomalie de ce gène est aussi impliquée dans des tableaux d’épilepsies sévères du nouveau-né, mais dans ces cas il s’agit d’une mutation de novo. C’est-à-dire que cette mutation est apparue accidentellement, elle n’est observée que chez le patient et n’est pas héritée des parents. En quelques années, il est certain qu’un très grand nombre de données génétiques vont être disponibles. Si par le passé, les médecins demandaient l’analyse d’un gène en fonction des symptômes du patient, les analyses réalisées actuellement se font sur des puces qui permettent d’analyser simultanément 50 à 100 gènes. De plus, les techniques d’exome permettent de trouver une anomalie sur un gène en analysant toute l’information génétique du patient, permettant de trouver l’origine de formes d’épilepsies dont le gène n’était pas connu jusqu’à ce jour. L’interprétation de toutes ces données va vite devenir un problème. En effet, il est nécessaire de coupler la découverte d’anomalies génétiques avec une étude de la fonctionnalité du gène pour être certain de l’implication de l’anomalie génétique dans l’apparition de la maladie. Les études fonctionnelles auront une importance capitale lorsqu’il s’agira de comprendre l’implication de gènes qui ne sont pas directement impliqués dans l’excitabilité cérébrale (tels que les canaux ioniques ou les neurotransmetteurs). Pour cela, une collaboration étroite avec les structures de recherche expérimentale sera cruciale. C’est ce qui se passe déjà lorsque les chercheurs modifient le gène dont on veut savoir la fonction au niveau des cellules de poissons comme les zebrafishs ou même de souris.

Ces approches translationnelles nous permettent de mieux comprendre les épilepsies et peuvent conduire à la découverte de nouveaux traitements. Un autre domaine de la recherche en pleine expansion est celui s’intéressant aux avancées technologiques. Celles-ci permettent de développer de nouveaux outils. Il peut s’agir de techniques d’électronique (qualité, miniaturisation d’électrode EEG, nombre d’électrodes sur de toutes petites dimensions), de processus d’analyse et de programmes informatiques, de progrès d’aspects physico-chimiques. Par exemple, certaines substances peuvent devenir biologiquement actives grâce à de la lumière. Ces techniques sont utilisées en recherche expérimentale, on parle d’optogénétique. Schématiquement, on devient capable d’activer des processus biologiques au niveau cellulaire lorsqu’on projette de la lumière. En extrapolant, il est tout à fait envisageable de pouvoir stopper une crise en activant certains mécanismes avec de la lumière à condition d’avoir exposé les cellules à ces substances. Cela a même été fait chez la souris. Pour le moment, ces techniques permettent surtout de mieux comprendre les mécanismes des crises en laboratoire. Mais cela pourrait être, à terme, une piste de nouveaux traitements en comprenant mieux tous les mécanismes impliqués au fur et à mesure des crises épileptiques !

Dans le domaine de la recherche clinique, il reste aussi des enjeux cruciaux. S’il est clair depuis des années qu’il existe de nombreuses formes d’épilepsies différentes, certaines formes d’épilepsies rares nécessitent encore d’être étudiées en détail pour mieux connaître leur évolution. Il est aussi essentiel de comprendre les mécanismes de l’atteinte des fonctions intellectuelles qui est associée à certaines formes d’épilepsie sévère. Il apparaît de plus en plus clairement que ce ne sont pas les médicaments antiépileptiques disponibles actuellement qui permettent de restaurer les fonctions intellectuelles de ces formes d’épilepsies sévères. C’est un vrai challenge de développer des traitements qui contrôlent les crises tout en promouvant les fonctions cognitives ou à défaut de trouver des traitements pour préserver les fonctions cognitives qui seraient alors donnés concomitamment aux médicaments antiépileptiques. Enfin, le besoin thérapeutique dans le domaine des épilepsies reste immense. Il existe toujours 30 % de patients avec des épilepsies pharmacorésistantes et ce chiffre ne semble pas avoir été modifié avec les molécules mises à notre disposition au cours de ces 10 dernières années. Dans l’idéal, il nous faudrait des traitements qui agissent sur la maladie et pas uniquement sur les crises. De plus, certaines formes d’épilepsies rares n’ont jamais été étudiées dans le cadre d’essais cliniques. Il y a de grandes chances que cela change dans les années à venir sous l’impulsion des règlements européens et américains sur les médicaments qui donnent un contexte favorable au développement de traitements pour les maladies orphelines.

Ce petit tour rapide des perspectives de recherche à court terme est encourageant, mais nous montre aussi l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir à la communauté scientifique et médicale en lien étroit avec les patients et les associations.